Claude Lienhard

Avocat spécialisé du droit du dommage corporel
Professeur émérite à l’Université de Haute-Alsace
Directeur honoraire du CERDACC

 

Il y a 25 ans déjà !

Nous étions audacieux et presque encore jeunes.

Nous savons maintenant :

Nous avions donc raison !

Nous  étions dans le vrai.

Nous avons fait fi du conseil Sutor, ne supra crepidam (« Cordonnier, pas au-delà de la sandale »), le juriste ne doit pas sortir par déterminisme et par habitude de son champ de culture.

Mais nous pressentions l’émergence d’une science autre mêlant les droits dans toutes leurs disciplines, mais aussi la sociologie, les sciences des ingénieurs  la médecine, bref l’immense planète pluridisciplinaire.

Nous avions le goût des possibles  et nous pressentions aussi que la France est un pays du temps long……

Nous savions aussi que nous pouvions être :

–          des architectes des savoirs ;

–          des médecins diagnostiquant les pathologies des causalités ;

–          des soignants des blessures de l’âme.

Nous avions décidé de quitter sans autorisation tutélaire le cocon rassurant de nos connaissances pour explorer d’autres rivages ceux du hors norme, ceux de l’effroi, ceux d’un certains gigantisme, les contentieux de masse comme les attentats, ceux des puissances économiques, des assureurs, des réassureurs, de la puissance régalienne dans ses faiblesses et de la justice complexe et désormais spécialisée.

Nous avions conscience que nos réflexions seraient au long cours, elles le sont.

Et  un triptyque s’est imposé comme une évidence :

  • D’abord le terrain, le terrain et encore le terrain, comme les botanistes ;
  • Ensuite le laboratoire, la paillasse du juriste ;
  • Et le forum, le JAC et Riseo, pour faire savoir et pour faire résonance

Le rythme a été tenu …….

Il y a aujourd’hui une communauté de recherche qu’agrège le Cerdacc et c’est une belle agrégation !

Le Cerdacc en est l’ADN et l’incarnation.

25 après nous ne sommes endettés de rien, mais comptable de tout.

Comptable de chercher à décoder, à comprendre et de toujours proposer des améliorations.

Les drames qui brisent violemment les anciens mondes engendrent à chaque fois  le devoir de proposer un « après », un « autrement » marqué du sceau du « plus jamais cela ».

Encore plus après la pandémie, toujours présente.

Nous devons baliser les chemins, ceux qui mènent des « storytelling» anxiogènes à la résilience individuelle, puis collective, et à la réparation qui doit rester intégrale et bientraitante.

Tant de chantiers à ordonnancer !

Le passage de l’événement collectif au procès collectif doit être tracé et accompagné.

La métamorphose du paysage indemnitaires doit être scrutée au microscope.

On y verra entre autres :

Ici, des avancées (comme la décision dans l’affaire pénale du « Médiator » 10 ans après) et là, des ressacs dus à une gouvernance politique imparfaite du FGTI et à un manque de participation des citoyens au sein de l’instance délibérative du Fonds, citoyens qui pourtant payent la gabelle.

Et toujours observer les milles nuances de la fabrique du droit des catastrophes qui tourne 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 et à l’échelle de la planète.

Faut-t-il harmoniser pas le haut, par le bas, question récurrente, et que faire de la tiédeur anxiogène des compromis parfois proposés pour assurer la paix sociale et l’acceptabilité des risques ?

Chercher, écrire et agir,

Ou plutôt, agir et agir, et écrire.

De cette conjugaison et du pétrissement de la matière surgit le pain de la recherche appliquée.

Le droit des catastrophes, à l’usage, nous pouvons le dire est :

  • Un droit couturé de cicatrices ;
  • Le droit des pathologies évolutives des causalités.

Il y a aussi paradoxalement un génie amer des catastrophes  qui sont le creuset des préventions.

Il nous faudra bien encore 25 ans pour tout explorer et encore…

Il y a toujours un horizon d’attente et la suite reste à écrire  !

Et c’est la nouvelle équipe du Cerdacc, à l’origine de notre journée, qui est désormais à la barre du navire !