Claude Lienhard
Professeur des Universités, avocat spécialiste en droit du dommage corporel

Suivre l’actualité des accidents, des catastrophes, des scandales sanitaires, aussi bien que l’actualité juridique et judiciaire peut donner le tournis.

De quels événements furent remplies les semaines passées ?

Le scandale sanitaire de Lactalis.

Les révélations publiées par Libération sur les risques sanitaires liés aux produits chimiques de synthèse dans l’alimentation.

Ces produits qui font perdre le contrôle de ce que l’on mange.

Et toujours les violences routières.

Le quotidien des juridictions correctionnelles françaises et d’Outre-mer.

Ici, c’est le Tribunal de grande instance de Papeete (30 janvier) qui va condamner un chauffard, en état d’ébriété sans permis ni assurance et qui a provoqué un grave accident de la circulation causant la mort de son passager, à 5 ans de prison dont 2 avec sursis et mise à l’épreuve.

Là, c’est le Tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier qui condamne à 2 ans de prison deux chauffeurs ukrainiens responsables d’un accident qui avait coûté la vie à un employé de 26 ans.

Et toujours les suites du passage d’Irma : le délégué interministériel à la reconstruction, le préfet Philippe GUSTIN, qui ne manquent pas de se préoccuper et de dénoncer les retards d’indemnisation.

Il est vrai qu’après la mobilisation dans l’instant, il faut assurer la gestion de la post-crise dans la durée et ne jamais relâcher la vigilance.

L’après catastrophe c’est aussi le moment des constats.

Ainsi des chercheurs américains ont enregistré le bouleversement du paysage sonore et naturel suite au passage des ouragans Irma et Maria à Porto Rico.

La catastrophe naturelle a déstabilisé les animaux.

Et bien sûr dans le même registre des turbulences de la nature, la neige et le froid.

Dans la nuit du 6 au 7 février 2018 la neige a engendré de très grandes difficultés de circulation en région parisienne. Le préfet de police de Paris fera état d’une situation sans précédent !

De plus en plus il faudra apprendre à gouverner les risques au mieux.

Et de manière plus générale, ces dernières semaines le traitement très irrationnel des événements judiciaires avec les affaires Alexia DAVAL et Jawad BENDAOUD avec les commentaires polémiques de deux ministres et toujours et encore la justice « Twitter ».

Enfin deux lectures à vous conseiller.
Deux livres passionnants écrits de la plume de chroniqueurs judiciaires sensibles, passionnés et ayant l’art de décoder au plus près de la réalité les instants éphémères mais indispensables du procès pénal.

C’est d’abord, « Jours de Crimes » écrit par Stéphane DURAND-SOUFFLAND et Pascale ROBERT-DIARD aux éditions Iconoclaste.

«  » Celui-là, je vais le tuer. « . L’accusé est un homme – plus rarement une femme – qui, un beau jour, s’est dit que la seule chose à faire pour rendre sa vie meilleure était d’en supprimer une autre. Peu à peu, l’idée du crime s’est imposée, un scénario s’est élaboré, la main s’est armée. »

Ici, tout est vrai. Les mots d’une fillette face à l’homme qui a tué sa mère, les confessions d’un fou, le vertige d’un aveu. On voit Guy Georges, Yvan Colonna, les innocents d’Outreau, des juges, des avocats, des jurés. La gouaille des voyous se mêle à la verve des grands du barreau. On pleure et on rit, on éprouve de la colère ou de la tendresse, on est devant le nu de la vie. Car aux assises la justice décape, même ceux qui n’ont rien à cacher.

Et ensuite « L’audience est levée … Scènes de prétoires en correctionnelle »(collection Gazette du Palais, le Point) de Laurence NEUER.

Voleurs, multirécidivistes sans foi ni loi, tyrans domestiques indomptables, pédophiles honteux en costume cravate, escrocs à la petite semaine, drogués en état de manque, délinquants de la route incorrigibles, exhibitionnistes impulsifs, SDF irréparables, jeunes délinquants sans repères : levée de rideau sur les invariants de la petite et moyenne délinquance.
Le tragique et le comique, le satirique et le pathétique, la légèreté et la gravité, s’entremêlent sous la plume alerte et décapante de Laurence Neuer qui, pendant sept ans, a arpenté les salles d’audience pour croquer sur le vif ces scènes de prétoire.
Au travers de cet échantillon de procès correctionnels et des dialogues parfois surréalistes entre les justiciables, leurs défenseurs et les juges, c’est notre justice, notre société, avec ses fragilités et ses béances, qui se dévoilent.
Cet ouvrage inédit s’adresse à tous ceux, étudiants, professionnels et curieux qui s’interrogent sur les ressorts de la transgression et souhaitent, au-delà des idées reçues et des clichés, connaître la réalité des tribunaux.