Adrien LAHAYE
Volonté de mourir du patient en fin de vie. Approche comparée et internationale
LEH, 2018

 

Malgré les réformes intervenues en matière de fin de vie, de nombreuses questions éthiques et juridiques continuent de se poser pour soi-même et pour ses proches. Alors que les lois dites bioéthiques vont connaître prochainement de nouvelles évolutions, la lecture de cet ouvrage (mémoire universitaire) est très éclairante des difficultés à appréhender l’ensemble des considérations. Il est d’autant plus intéressant que la fin de vie a été fort écartée des débats lors des états généraux qui devaient préparer la réforme en faisant remonter les attentes, voire les revendications des français, les thèmes portant sur l’assistance médicale à la procréation et sur la gestation pour autrui ayant accaparé l’attention de tous. Il est vrai que la récente loi relative aux nouveaux droits des malades et des personnes en fin de vie du 2 février 2016 doit commencer par être comprise et bien appliquée, avant de songer déjà à faire d’autres propositions. Néanmoins, ce travail universitaire ouvre de très intéressantes pistes de réflexion, avec une approche qui se veut résolument comparée et internationale. On mesure ainsi que ce que l’on pense impossible à mettre en place, est déjà réalité ailleurs sur la planète et pas loin de chez nous, avec notamment le suicide assisté en Suisse. Mettant précisément l’accent sur la volonté de l’intéressé, l’ouvrage montre combien il est pourtant délicat de recueillir le consentement d’une personne en fin de vie – et donc, même si les mots sont brutaux – d’un mourant, d’être certain que la volonté exprimée naguère est toujours d’actualité, surtout quand le malade est à ce stade inconscient, et combien entendre, voire accompagner le souhait de mourir peut entraîner de pernicieuses dérives. L’interdit de tuer, l’interdit de l’euthanasie sont bien entendu au cœur des réflexions menées par Adrien Lahaye qui prend position sur les questions liées à l’homme face à la mort (la sienne mais pas seulement) et face aux progrès de la science médicale, montrant les répercussions que des avancées législatives pourraient avoir en ce domaine sur la société. En France, sans aller jusqu’à reconnaître pleinement la volonté de mourir, même pour les patients en fin de vie, ou le « décès sur ordonnance », il serait faux de dire que le législateur se désintéresse de la question. Bien au contraire, il s’efforce de renforcer le rôle de la volonté du patient en fin de vie dans le processus médical décisionnel, notamment au travers des directives anticipées. Le système français appréhende effectivement cette volonté en tenant compte de l’état de santé et du degré de conscience de la personne et organise de longue date des soins palliatifs, prônant la préservation de la dignité du patient. Pour autant, la place accordée à sa volonté semble pour certains encore trop limitée, les dispositifs d’anticipation connaissant encore trop d’écueils, notamment parce que peu de patients osent franchir le pas et rédiger ces directives. Modifier encore une fois la loi n’y changerait rien ! Il faut toutefois attendre de voir si de nouvelles valeurs seront véhiculées prochainement par le législateur. En tous les cas, les réflexions menées par l’auteur permettent d’appréhender globalement cette question humaine et qu’il ne faut surtout pas déshumaniser.