Claude LIENHARD
Avocat spécialisé en droit du dommage corporel,
Professeur émérite de l’Université Haute-Alsace,
Directeur honoraire du CERDACC (UR 3992)

Dans la station de Crans‑Montana, l’incendie du bar Le Constellation a fait quarante morts et plus d’une centaine de blessés, devenant l’un des accidents les plus meurtriers de la Suisse contemporaine. Ce drame met à l’épreuve les institutions helvétiques et interroge la place faite aux victimes à l’échelle européenne.
Dans la nuit du Nouvel An, la fête a viré en désastre. L’incendie du bar Le Constellation a coûté la vie à quarante jeunes et adolescents et blessé plus d’une centaine de personnes, dont de nombreux grands brûlés transférés vers plusieurs hôpitaux européens. La station de ski valaisanne est soudain devenue le lieu d’un deuil massif et d’un traumatisme partagé bien au‑delà des frontières suisses.
Très vite, les médias ont parlé de tragédie et de catastrophe, donnant à l’événement une dimension émotionnelle et symbolique. Les autorités helvétiques, elles, ont choisi la formule plus institutionnelle d’«incendie du bar Le Constellation à Crans‑Montana », rappelant la qualification technique d’un sinistre aux causes encore en cours d’enquête. Deux registres coexistent ainsi : celui de l’émotion collective et celui, plus froid, de la seule dénomination des faits.
Face à ce drame à forte composante d’extranéité, la comparaison avec la France s’impose. Notre pays, confronté à de nombreux accidents collectifs et attentats, a progressivement construit un véritable droit des catastrophes : pôles spécialisés pour les accidents collectifs, structuration de la prise en charge interministérielle des victimes, rôle reconnu des associations comme la FENVAC, habilitée à se constituer partie civile au titre de l’article 2‑15 du code de procédure pénale. À cela s’ajoute un pilier indemnitaire avec le Fonds de garantie des victimes (FGTI) et un réseau dédié, France Victimes, pour l’accompagnement dans la durée. (sur l’historique voir les documents suivants Rapport, la prise en charge des victimes des accidents collectifs, Guide méthodologique : la prise en charge des victimes d’accidents collectifs 2017, MF. Steinlé-Feuerbach, Le traitement judiciaire des accidents collectifs, JAC n°190/Octobre 2019)
En Suisse, les premières heures ont révélé des flottements institutionnels et des interrogations sur l’indépendance de certains acteurs. Parallèlement, le rôle d’AXA Suisse, assureur à la fois du bar et de la commune pour la responsabilité civile, inquiète : la compagnie a déjà prévenu que les contrats, standard et plafonnés, seraient « probablement insuffisants » au regard de l’ampleur du drame. Cette communication, qui met en avant les limites de garantie, semble moins pensée pour rassurer les victimes que pour repositionner le partage des responsabilités entre les différents acteurs.
Note de synthèse provisoire au 21 janvier 2026 : A lire ici
Les autorités suisses évoquent désormais une adaptation de leur dispositif indemnitaire ainsi que des réflexions législatives. Reste aussi entière la question de l’accès collectif des victimes à la procédure pénale, là où, en France, l’article 2‑15 du code de procédure pénale permet aux associations agréées de porter la voix des victimes dans le procès pénal.
Comme souvent, une catastrophe de cette ampleur peut devenir un levier de progrès. L’exigence est claire : garantir la bientraitance des victimes, assurer une transparence à la hauteur de l’émotion suscitée, et mener une recherche de la vérité sans concession, quelles que soient les responsabilités. Crans‑Montana n’est plus seulement une station de ski, c’est désormais le nom d’une épreuve collective majeure qui oblige l’Europe à repenser la manière dont elle accompagne les victimes du pire.


