Claude Lienhard,
Directeur honoraire du CERDACC
Avocat spécialisé en droit des dommages corporels

 

La mort de Naomi Musenga est un drame individuel à résonance collective et sociétale, chacun d’évidence, sans difficulté ni latence, s’identifie à cette jeune femme et à ses parents.

Le manque d’humanité, l’absence d’empathie, les paroles « mortelles » choquent, inspirent la révolte et dans un premier temps laissent peu de place aux circonstances atténuantes.

Au-delà de l’erreur individuelle, voire peut-être de l’attitude fautive à connotation pénale, se profile fortement un dysfonctionnement structurel et institutionnel.

L’onde de choc vient frapper le système de régulation médicale des SAMU et n’épargnera pas les autorités de tutelle.

Les marcheurs des marches blanches réclament justice et vérité.

La dignité de la famille impressionne.

Comme souvent malheureusement, c’est le drame seul qui suscite réellement les prises de conscience.

Au-delà de l’indignation générale « l’affaire Naomi » est révélatrice à bien des égards.

Tout d’abord, elle met en évidence la pertinence du rôle des lanceurs d’alerte sans Hebdi, le lanceur d’alerte alsacien ! (www.hedbi.com), le silence et l’omerta auraient été de mise.

Sans les réseaux sociaux l’information ne se serait pas propagée.

L’implication d’Ann-Ly Anangue et du collectif « Justice pour Naomi Musenga » a été et reste essentielle.

La « machine judiciaire » est désormais en route, à son rythme et dans son cadre.

Il en va de même pour la machine administrative à produire des « rapports » et recommandations.

Et la dimension politique au sens large est évidente.

Les urgences hospitalières sont bien au coeur du système de santé

Système que beaucoup nous envient et qui doit être préservé.

Aujourd’hui la parole jaillit, les langues se délient. Et tout indique que ce n’est qu’un début.

Le drame de Naomi rappelle à quel point il peut exister une surdité sociale et politique.

La commission des affaires sociales avait remis au Sénat en juillet 2017 un rapport qui pointait l’absence d’encadrement des ARM, les modérateurs du SAMU.

L’intitulé du rapport « Les urgences hospitalières, miroir des dysfonctionnements dans notre système de santé » était largement prémonitoire.

Ils savaient … et ils n’ont rien fait !

Le temps est aux enquêtes.

Il faut qu’elles puissent se dérouler avec sérénité mais aussi une certaine célérité en dehors de toutes pressions ou menaces

Mais au-delà, c’est bien la question de la gestion de l’urgence sur un territoire donné, ici la Ville de Strasbourg et l’Eurométropole, qui est posée.

L’urgence implique la bientraitance et ne peut l’exclure.

Cela vaut aussi bien pour les urgences individuelles que pour les urgences collectives.

Nous devons réfléchir, échanger, pour agir mieux, pouvoir et devoir conjuguer humanité, compétence, et moyens.

Sinon il y aura d’autres Naomi, nous le savons déjà !