SI LOIN, SI PRÈS, LES VICTIMES DE GUERRE AU LIBAN, C. Lienhard

Claude LIENHARD

Avocat spécialisé en droit du dommage corporel,

Professeur émérite de l’Université Haute-Alsace,

Directeur honoraire du CERDACC (UR 3992)

 

Aux images de la guerre en Ukraine ont succédé les images des immeubles éventrés et effondrés de la capitale du Liban, Beyrouth.

 

Il ne faut pas s’habituer aux images que diffusent les médias de masse presque 24 heures sur 24.

Les experts de la guerre se succèdent : amiraux, généraux, spécialistes de géopolitique du Moyen-Orient…
Drones, missiles, porte-avions, hélicoptères, avions de chasse, bombardiers, tout est décodé à foison.

Les victimes sont comme invisibilisées. On ne peut que relever un inquiétant et souverain mépris pour les victimes. Point de victimologue !

De façon presque paradoxale, seule émerge la parole de Léon XIV qui intervient dans un registre religieux et moral au nom de l’Évangile. Cette parole forte rappelle qu’on ne peut pas se désintéresser de l’état du monde, de la dignité de la vie. Comme une évidence.
Depuis le début de la guerre impliquant l’Iran, la population libanaise a subi une nouvelle phase de martyre collectif. Les autorités libanaises et plusieurs ONG estiment à plus de 1 800 les personnes tuées au Liban depuis le 02 mars 2026. Des centaines de civils et d’enfants. À cela s’ajoute un million de Libanais considérés comme déplacés.

Les conséquences psychiques de la guerre sur la population libanaise sont massives et durables.
Peur chronique, troubles anxieux, stress post-traumatique, dépression. Les méta-analyses sur le Liban montrent des taux de PTSD extrêmement variables, allant de 2 à 98 % selon les populations et les périodes étudiées, ce qui traduit un pays polytraumatisé où la répétition des conflits, des crises et des catastrophes,(on rappellera l’explosion du port de Beyrouth), entretient une détresse de fond.
On évoque « un pays du traumatisme » avec un impact psychique diffus sur toute la société et donc d’immenses besoins de prise en charge auxquels le système de santé et les ONG ne peuvent pas faire face.

Il faut rappeler que les acteurs de l’humanitaire et de défense des droits humains insistent sur le fait que l’accès à la prise en charge psychologique fait partie intégrante du droit à réparation des victimes de guerre.
L’aspect francophone du Liban a une incidence réelle sur la manière dont la crise est vécue, dont les récits sont racontés et éventuellement sur les prises en charge.

Il n’est pas sans intérêt de relever que les juristes et les victimologues libanais travaillent sur les séquelles des violations massives qui ont frappé le Liban, guerre civile, massacre, guerre, explosion du port, afin de développer des mécanismes centrés sur les victimes en termes de vérité, réparation et avec un fort enjeu mémoriel.

La littérature libanaise est un bon reflet de ces enjeux. La littérature traduit les traumatismes du pays par des récits fragmentés, fortement mémoriels, où l’intime et le collectif se confondent, et où la douleur est travaillée comme une matière esthétique et politique.

L’irruption de victimes de guerre sur la scène de la victimologie ne sera pas sans incidence plus large.

 

Tableau de synthèse sur la littérature générée par l’IA Perplexity

 

 

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