Blandine ROLLAND

Professeur de Droit privé
Directrice du CERDACC (UR 3992), Université de Haute-Alsace

 

Le CERDACC à travers plusieurs de ses chercheurs appartient au réseau alsacien de la « Fédération de recherche en environnement et durabilité – FERED » (https://fered.unistra.fr/). Ce réseau a organisé récemment une conférence sur la résilience dans la prévention des catastrophes climatiques.

1 . Cadre de la conférence : la FERED

La FERED a vocation à fédérer les chercheurs alsaciens et à catalyser des projets de recherche nationaux et internationaux en sciences de l’environnement et de la durabilité en développant particulièrement des approches interdisciplinaires.

Les activités de recherche de la FERED se concentrent autour des 3 axes suivants :

Villes en transition, résilience et adaptation au changement climatique (Réduction des gaz à effet de serre au travers du développement de nouveaux modèles urbains et modes de gouvernance).

Quelle transition pour une durabilité des socio-hydrosystèmes dans un contexte de changement global ? (Développement de recherches interdisciplinaires en sciences de la durabilité liées à l’eau autour de deux échelles spatiales : échelles du socio-hydrosystème fluvial transfrontalier du Rhin supérieur et de la plaine alluviale et des bassins versants adjacents).

Approche réflexive sur les socio-écosystèmes (SES) : construire des ponts entre sciences humaines et sociales et sciences biogéophysiques (Élaboration d’un cadre interdisciplinaire pour l’étude des SES et des concepts de transition vers la durabilité, tels que la solidarité écologique, la résilience et la viabilité, le statut et les valeurs des entités naturelles, les indicateurs de durabilité, les innovations durables, etc.).

2. La conférence : « La résilience, un nouveau paradigme de la prévention des risques de catastrophe d’origine climatique ? »

Cette conférence passionnante a eu lieu en visioconférence le vendredi 19 novembre 2021. Elle a été enregistrée et est disponible ICI pour la réécouter dans son intégralité.

Madame Béatrice QUENAULT, maître de conférences en Économie à l’Université Rennes 2, est l’intervenante sur le sujet : « La résilience, un nouveau paradigme de la prévention des risques de catastrophe d’origine climatique ? » Ce sujet intéresse évidemment le CERDACC et plus largement tous les lecteurs du JAC qui s’intéressent aux risques collectifs. La résilience est une valeur essentielle dans l’approche actuelle de ces risques. Elle part de son point de vue d’économiste qui a une vision assez « anthropocentrée » du développement durable, même s’il se fait sous la contrainte des régulations naturelles. Or cette approche ne peut que rentrer en résonnance favorable avec celle développée par les juristes.

Face au caractère récurrent, prolongé, systémique et complexe de nombreuses crises enchevêtrées (écologiques, climatiques, humanitaires, sanitaires…), la résilience a connu un fort regain d’intérêt. Cette réflexion se développe dans les champs du développement durable, de la prévention des risques de catastrophes, de la lutte contre le changement climatique et ses impacts néfastes et de l’aide internationale.

* Pourquoi la résilience est-elle devenue si populaire dans ces champs ?

L’amélioration de la résilience des communautés ou des collectivités locales, de leurs territoires et de leurs populations est supposée les aider à mieux se préparer et à se reconstruire face à un large spectre de catastrophes. Or ces catastrophes risquent d’être exacerbées par les impacts néfastes du changement climatique. Dans ce cadre, la résilience est perçue comme un prérequis pour diminuer les besoins d’urgence, réduire la pauvreté et s’acheminer vers un développement durable.

* Que signifie ce terme pour les acteurs de ces champs de politique publique internationale ?

L’intégration de la résilience dans le champ de ces diverses politiques publiques internationales permet de l’ériger en un nouveau paradigme normatif. Les stratégies poursuivies par les organisations internationales, les gouvernements et les ONG dans les pays ou auprès des populations en proie à des crises s’en inspirent.

Mais comme tout paradigme, celui de la résilience peut entraîner des conséquences positives et négatives pour toutes les parties prenantes et en particulier les bénéficiaires de l’aide internationale.

* Qu’est-ce que ce concept et le discours basé sur la résilience apportent de nouveau ?

Madame QUENAULT se propose d’étudier la résilience dans le cadre des catastrophes naturelles et climatiques en particulier. Une présentation de la posture résiliente en matière de catastrophes est dressée, assortie d’une évocation des outils méthodologiques. Cette approche peut être appliquée ensuite aux catastrophes d’origine climatique.

Cependant, il ne lui paraît pas possible de dresser des indicateurs de résilience ex ante, seulement de faire des constats ex post.

* Quelles sont les limites et les conséquences de ce paradigme normatif pour l’aide internationale et la prévention des risques de catastrophes ?

D’un point de vue pragmatique, la conférencière conclut à une forme néolibérale de gouvernance en la matière qui part de la base avec un mouvement ascendant. À ce titre, les humanitaires qui aident les populations deviennent des « coachs » en matière de résilience climatique.

À l’occasion du débat qui s’en suit, une question est posée sur la crise sanitaire et les freins induits aux activités physiques dans le cadre des confinements successifs. Y-a-il un concept de « résilience à l’activité physique » demande Christophe SCHNITZLER. Mais Madame QUENAULT indique que dans ses travaux elle a étudié plutôt la résilience collective face aux catastrophes que la résilience purement individuelle …