Claude Lienhard

Avocat spécialisé en droit du dommage corporel
Professeur émérite à l’Université de Haute-Alsace
Directeur honoraire du CERDACC

 

Chacun pourrait fredonner les paroles de la chanson de Jacques Dutronc :

 « Sept cent millions de chinois

Et moi, et moi, et moi

Avec ma vie, mon petit chez moi

Mon mal de tête, mon point au foie

J’y pense et puis j’oublie

C’est la vie, c’est la vie ».

En faisant référence à une nation de 66 millions de Procureur Emmanuel Macron s’inscrit dans une démarche de défiance vis-à-vis des citoyens.

Des citoyens qui entendent peser, qui souhaitent comprendre et à qui on ne peut interdire d’émettre des opinions voire des critiques.

La comparaison est maladroite, inadéquate mais elle révèle la difficulté à poser une parole publique claire en période de crise sanitaire.

Certes la crise sanitaire pour être vaincue ou du moins domestiquée nécessite de la rigueur, de la cohérence et de l’adhésion des citoyens.

En même temps, tout pouvoir doit accepter, même susciter institutionnellement ou hors institution des contre-pouvoirs.

Le contre-pouvoir n’est pas forcément une opposition.

C’est une autre façon de participer à la construction de la décision publique.

La décision publique d’adhésion est celle pour laquelle le citoyen sort de son petit chez soi, de son individualisme, pour s’inscrire dans une histoire collective.

La décision démocratique au temps des réseaux sociaux, des fake news, doit pouvoir s’élaborer sereinement.

Cela renvoie à une autre problématique qui est celle de la protection de la vérité.

La vérité scientifique même lorsqu’elle est en train de s’élaborer au jour le jour doit être mise à l’abri des manipulations.

Parmi les contre-pouvoirs on trouve les journalistes, les vrais, ceux qui enquêtent, qui vérifient et qui sont capables de porter la controverse argumentée par rapport à leurs interlocuteurs.

On trouve aussi les universitaires dont la mission est de s’inscrire dans une recherche fondamentale et pratique.

Plus que jamais les uns et les autres doivent être mis à contribution et voir leur statut protégé.

C’est ainsi que chaque français qui pourrait se sentir une âme de Procureur serait à même de poser des constats par l’accès à des informations saines et contradictoires.

La vérité n’a pas besoin de réquisition mais de sérénité et d’expertise.

Après tout le Président de la République a-t-il été plus provocateur que maladroit ?

 L’objectif commun est qu’il n’y ait pas 66 millions de victimes directes et indirectes mais que la crise à défaut d’être promptement vaincue ne nous asservisse pas.