Karen Sadlier (sous la dir. de), L’enfant face à la violence dans le couple, 2e éd. Dunod, 2021

par Isabelle Corpart

La question de la prise en compte des violences subies par les enfants est de longue date au cœur des préoccupations des juristes, des psychologues, des psychiatres, des sociologues, des médecins et de tous les professionnels de la petite enfance. Si les maltraitances que subissent les enfants en famille sont abordées déjà par de nombreux textes, une question a eu plus de mal à trouver une issue comme en témoignent les auteurs rassemblés par Karen Sadlier dans un ouvrage traitant de l’enfant face à la violence dans le couple, dont la première édition date de 2010. En effet, quand le mineur n’est pas visé directement par les violences mais se trouve confronté en tant que témoin aux violences conjugales dont est victime l’un de ses parents, toute la question est de savoir si on peut le considérer lui aussi comme une victime. On a mis du temps mais on admet en effet aujourd’hui que le mineur est en ce cas une victime indirecte quand il est exposé aux violences conjugales. Il faut en effet tenir compte d’importantes retombées psychologiques pour lui. Cet ouvrage se propose de retracer l’évolution sur ce point en France et dans de nombreux pays signataires de la Convention internationale des droits de l’enfant mais qui ont pourtant mis un certain temps à peaufiner la protection à offrir à l’enfant témoin et à reconnaître sa place de victime indirecte, sur la base de nombreuses études internationales.

Bien qu’une nouvelle édition paraisse en 2021, on peut regretter que les lois récentes ne soient pas développées mais, au travers des contributions on mesure le chemin parcouru et les difficultés rencontrées pour faire évoluer le droit. Désormais on reconnaît que la parentalité est affectée par les violences même si l’enfant ne les subit pas directement, n’étant considéré au départ que comme témoin. C’est aussi une forme de maltraitance dont il faut tenir compte, car les violences au sein des familles, agressions physiques, sexuelles, verbales, psychologiques et économiques ne concernent pas seulement les adultes. La protection de l’enfance ne peut pas remplir ses objectifs si on ne revoit pas l’exercice de l’autorité parentale quand l’enfant est victime de violences conjugales et ce, même indirectement. En effet, ces agressions qui visent l’un de ses parents créent un climat de vie marqué au quotidien pas l’insécurité et l’instabilité, ce qui menace l’enfant dans son développement et son bien-être. Vivre dans de telles conditions portant gravement atteinte à l’intérêt de l’enfant.